J’ai découvert le thé noir du Yunnan, communément baptisé par nos soins : la bouse de vache. Je ne sais pas quel est le secret de préparation de ce thé (et je ne veux pas savoir pour épargner mon estomac de toute émotion…) mais il en existe différentes catégories qui ont toutes en commun cette odeur de « cul de vache » (dixit Bilou qui a l’air de s’y connaître en odeurs de la ferme) plus ou moins accentuée. Cependant, je rassure tout de suite le lecteur, le goût n’a rien à voir avec la fragance. Je suis aventurière à mes heures perdues mais il ne faut pas exagérer non plus !
Le seul (et je dis bien le SEUL pour clouer le bec aux éventuels petits rigolos qui auraient des idées mal placées) moyen de se réchauffer le soir est d’en boire des litres et c’est ce que nous faisions, collés au seul et unique poële de l’auberge dans laquelle nous logions.
Mais puisque j’en suis à parler des odeurs, je vais faire une petite parenthèse à ce sujet, parce que c’est un fait assez marquant de ce voyage en Chine. Sans vouloir généraliser et en me basant sur ma toute petite expérience dans ce vaste pays, je me permets de déclarer que la Chine pue. Les premiers jours, ça surprend puis on s’y habitue. A tel point qu’un matin, à moitié endormie, le nez au dessus de mon petit dejeuner (pour une fois on en prenait un... mais j’en parlerai plus tard), j’ai déclaré avec la délicatesse qui me caractérise (ceux et celles qui me connaissent vont tout à fait reconnaitre mon style) au pauvre Bilou qui n’était pas mieux que moi (elle est un peu longue ma phrase...) : « tu sais je réalise une chose, c’est que finalement on s’habitue à tout, y compris à l’odeur de la merde au petit déjeuner ». cette odeur, ne venait pas de nos assiettes (ouf !), mais des WC juste à côté. Charmant non ?
Je vais maintenant rebondir sur notre « alimentation »... le terme est mis entre guillemets non pas parceque la qualité est remise en cause mais plutôt la quantité. Les chinois mangent beaucoup contrairement au vieux dicton que nous avons tous entendu quand nous étions petits et que nous ne voulions pas manger les choux de bruxelles qui refroidissaient dans nos assiettes, je cite : « pense aux petits chinois qui meurent de faim ». Les autochtones donc ... mangent tous plein de plats et de mets variés... pas de problème ! Non, le seul problème vient en fait du Bilou. Je ne sais pas quelle est cette nouvelle lubie mais Monsieur ne mange plus alors quand on voyage avec lui, on ne mange pas non plus..... Il avait commencé à me faire le coup sur la muraille de Chine mais ça ne m’avait pas mis la puce à l’oreille... Quelle naive j’ai fait ! Voici nos menus quotidiens au cours de notre séjour à Zhongdian :
- Matin : café (du Yunnan ! il y a autant à boire qu’à manger) et une sorte de « churros » cuit dans l’huile acheté sur la place du marché
- Midi : UNE galette à rien, UNE pomme de terre au piment et les jours fastes un épis de mais (les rations sont indiquées pour deux personnes)
- Soir : Riz au Yack ou au poulet ou vermicelles de pommes de terre…
Je vais oser, pour montrer que j’assume complètement mes actes et paroles, publier ici une phrase que j’ai eu le malheur de prononcer et qui a alimenté pendant des semaines les moqueries fourbes de Mr le Bilou : « Ici, les gens mangent beaucoup de pommes de terre, en effet, il y a plein de champs de pommes de terre dans la campagne ». Je sais que ma phrase est complètement dénuée d’intérêt et qu’elle est digne d’une bécasse ! et alors ? 1) elle montre que je sais reconnaître des pommes de terre dans la nature, 2) elle est pertinente dans le sens où elle donne une information concernant les habitudes culinaires des habitants du Yunnan. C’est quand même mieux que les « ah ! c’est énorme » ou encore « Oh ! cet endroit est intéressant » que mon compagnon de route égrénait à longueur de journée ! Tu parles d’une conversation !!!! Bon je ferme la parenthèse …
Mesdemoiselles, je vous recommande donc chaudement de partir en voyage avec le Bilou si vous avez quelques kg à perdre ! Avec moi, le traitement a été efficace, comme dirait la pub : c’est testé et approuvé !
Droit de réponse :
Bon ok, j'avoue que je mange pas beaucoup beaucoup. Mon estomac, gavé de bouffe chinoise où tu perds 40 minutes par bouchée à faire le tri des arrêtes du poisson ou des os du poulet broyés par la hachette du cuisto, a un peu rétréci et je me contente de peu. N'empêche que la demoiselle, elle râle mais elle était bien contente d'avoir un peu perdu !
Et puis le Bilou, il est peut-être un rien affameur mais c'est aussi lui qui fini les plats de racines bizarres ou de fromage de yack quand la demoiselle sent que son estomac ne va tenir mais qu'il faut faire bonne figure quand on est invité, qui porte son sac quand il faut courrir dans les aéroports, qui offre son assiette en échange de la sienne parce que la commande ne correspond finalement pas à ce qu'elle voulait ou qui lave sa serviette parce qu'elle trouve qu'elle ne sent pas bon mais qu'elle a la flemme de la laver... Alors oui Mesdemoiselle, n'hésitez plus, partez avec le Bilou, j'ouvre une liste, inscrivez vous, vous ne devriez pas trop être déçues :-)
Aujourd'hui, récit cumulé de nos impressions, la trame est écrite par Cathy, complétée par mes soins :
Ah ! Enfin le Yunnan…. Le voyage depuis Pékin a pris une journée complète en avion avec une escale à Kunming au milieu. Dire que nous avons failli ne pas faire le trajet du tout….
Emotion non prévue au départ : notre vol Beijing-Kunming a 3h de retard ce qui signifie que nous arriverons 2h après le décollage de notre correspondance Kunming-Zhongdian (appelée aussi Shangri-la ou encore Diqing…) ! Hum… ça commence bien ! On se fait prendre en main par un gars de China Eastern qui nous dit qu'il a peut-être un autre vol à 12h30 et qu'il nous met en liste d'attente. A 12h01, il nous fait signe et nous ordonne sèchement "Follow this guy ! Quick ! Quick !". Notre chariot s'affole alors et nous le suivons dans l'aéroport.
Finalement nous arrivons à nous faire enregistrer sur un vol China Airlines, un quart d’heure avant le départ de celui ci. Abandon du chariot, mise à dos de nos gros sacs, que nous n’avions pas mis en soute (super sécurité, Cathy avait des ciseaux et autres objets dangereux dans son sac mais ça n’a posé aucun problème), et traversée en courant (Cathy : ça tombait bien j’avais encore mal aux jambes) de tout l’aéroport. Nous sommes arrivés les derniers dans l’avion, les portes se sont fermées juste derrière nous et le temps de rejoindre nos places tout au fond de l'appareil et de caser nos sacs où nous pouvions, nous avons été l'attraction pendant 5 bonnes minutes... Qu'importe, nous sommes partis !
Arrivés à Kunming, on se retrouve bien ennuyés avec nos bagages et nos billets griffonés et post-ités de partout à cause du premier vol. Que doit-on faire ? Se retaper tout l'enregistrement ou simplement transiter. On opte pour l'option on fait les neuneus, on transite et on demande à un brave chinois. Brave mais perdu. Il use les piles de son talkie-walkie, nous place dans une salle d'attente pendant 15 minutes sans plus d'explications puis nous refile à une collègue qui nous sert de guide à travers l'aéroport jusqu'à la nouvelle porte d'embarquement.
C’est donc après une bonne journée de stress et lessivés que nous avons atterri dans un tout petit aéroport au milieu des montagnes et rien d’autre. 20 petits degrés et ciel dégagé, calme : le bonheur. Evidemment, devant l’aéroport, pas de taxis, ça aurait été trop simple ! Que des voitures normales avec des personnes proposant leurs services pour vous emmener en ville. Les prix étaient bien entendu déterminés à partir de la couleur du client. Hou ! Ça sent l’arnaque !!!! Finalement, et je n’ai toujours pas compris pourquoi, deux chinois qui venaient d’arriver par le même vol, nous ont proposé du co-voiturage à un tarif plus que raisonnable. Le chauffeur était furax. Sur le trajet jusqu’en ville, l’émerveillement a commencé. Des paysages de campagne superbes, parsemés de grandes fermes blanches. Première surprise : les chinois qui étaient avec nous ont demandé à Cathy si elle était indienne… : « Non ! Moi visage pale : faguo !!! ». Cette question sera la première d’une longue liste pendant le séjour et aussi de nombre de regards de chinois perplexes sur ses origines…
L’arrivée sur Zhongdian, nous a un peu angoissés, la ville moderne est moche comme toute ville moderne qui se respecte… par contre, le cœur qui est resté dans le style traditionnel est absolument magnifique. C’est une ville dans le plus pur style tibétain avec des ruelles pavées (au mieux), des maisons en bois et des habitants en tenues traditionnelles de leurs ethnies. Whaw !!!! On ne sait plus où donner de la tête et des yeux. C’est un vrai village de montagne, on kiffe grave !!! Ça sent le bois coupé, le feu de bois, la ferme … l’idée, c’est que même à l’intérieur des habitations, cette odeur existe ajoutée à un vieux relent de lait.
On ressent quand même le début de l’essor du tourisme, beaucoup de maisons sont en restauration, les petites boutiques fleurissent partout. A en croire des touristes français que nous avons rencontrés et qui venaient du sud de la région, Zhongdian vit sans doute ses dernières heures d’authenticité avant l’invasion du tourisme à la chinoise. Nous verrons donc l’évolution de cette ville en continuant notre voyage vers le sud. Pour le moment, on en profite, on fait les boutiques. Nous adopterons ce rythme pour toutes nos autres étapes. Premier jour, approche de la ville et babioles shop, après, on fuit le monde !!
Première soirée dans le Yunnan : bon mal de crâne à cause de l’altitude (on est quand même à 3300m alors marcher ou parler, il faut choisir !!!). Premier repas dans un resto typique. Petit thé au chaud face au poele (et oui, on est fin juillet, nous sommes en polaire et le feu n'est pas de trop) et diner à base de Yack. Gros dodo dans une chambre à 10°C sur une planche et couverts d’une couette aplatissante. Tu crois que tu vas avoir froid et en fait, elle est tellement lourde que tu peux plus bouger une fois dessous.




