La mort en face

Publié le par Sébastien

   Cette semaine, j'étais donc à un congrès. Le 9ème International Congress on Paleoceanography. ça pète comme nom, hein ? Comme tout congrès scientifique, rien de bien extraordianire, champagne, petits fours et strip teaseuses locales le soir et entre tout ça, on se masturbe le cerveau pour savoir s'il a fait plus ou moins chaud il y a quelques centaines de milliers voire de millions d'années...
    Bien sur, je rigole, il n'y a que la dernière partie qui est vraie et pour une fois, c'était assez positif pour moi, j'y ai rencontré des gens qui faisaient des recherches proches de ce que je fais aussi et donc nous avons eu quelques bonnes discussions.
    Mais bon, l'évènement marquant ne fut pas le congrès en lui-même mais plutot ce qui s'est passé jeudi soir lors d'un buffet de cloture du congrès. Tout le monde s'intalle et se sert à manger. Je suis à une table avec une espagnole et un anglais (A.), lorsque qu'un australien (J.) d'une soixantaine d'années (que mes deux camarades avaient rencontrés la veille) se joint à nous et vient s'assoir en face de moi.
    Le diner avance mais J. ne semble pas vouloir toucher à son assiette de légumes. Pas de quoi nous perturber sachant que tout le monde laisse de la nourriture dans son assiette en fonction de ses goûts. Il continue tranquillement à participer à la conversation et à siroter sa bière.
    Tout à coup, J. se retourne vers A. et tranquillement lui dit "A., maybe you can help me..." Nous attendons tous la suite de sa phrase, mais rien ne vient. Ses yeux s'ouvrent en grand brusquement puis se figent dans le vide. Ne sachant pas ce qui arrive, A. se rapproche de lui et lui demande si ça va et ce que nous pouvons faire pour lui mais pas de réponse.
    Toujours assis sur sa chaise, J. laisse soudain tomber sa tête sur sa poitrine. A. le prend par les épaules, le secoue légèrement, essaye de le réveiller et de lui parler. Sans effet. J. relève alors la tête, les yeux toujours dans le vide, la face livide, sa respiration s'accélère et se fait de plus en plus profonde, comme si il avait du mal à reprendre son souffle.
    Puis tout va très vite. Son visage devient bleu. Il ne respire plus. Le temps se fige et semble durer une éternité. Soudain son corps est secoué de spasmes, il étouffe...  Les soubressauts stopent, il ne bouge plus. Il est toujours assis sur sa chaise, la tête en arrière, retenue par la main de A.
    Durant les quelques secondes que cela a duré (peut-être une grosse minute), mon esprit embrouillé entre surprise et panique a passé en revue l'environnement et mes souvenirs de secourisme. Comment gicler les tables et les chaises au plus vite pour l'installer à terre et tenter de faire quelque chose pour lui. Nous avons eu le temps de prévenir les organisateurs chinois pour qu'ils appelent une ambulance, créé un mini scandale au milieu de resto en étant debout autour de lui et essayant de le réveiller en lui parlant de plus en plus fort (réflexe de panique probablement). Et autour, rien... Les gens ont continué à manger, à discuter, à écouter le discours en cours... Même les deux dames à notre table n'ont pas bougé un gramme de leur graisse...
    Et soudain, le cerveau de J. a eu un sursaut de survie et tout son corps a tremblé et il a ouvert les yeux : "What happened ?" Soulagement...   Viennent alors un flot de questions "Comment tu te sens ? Tu sais où tu es ? Est-ce que ça t'es déjà arrivé ? Est-ce qu'il y a des choses que l'on doit savoir sur ta santé ? etc".
    Puis l'ambulance est arrivée et les médecins ont pris le relais... Pfiou... Quelle frayeur... Nous nous sommes retrouvés à 3 face à notre assiette pleine, incapables d'y toucher à nouveau. L'envie n'y était plus et manger avec des baguettes avec les mains qui tremblent, ça n'est vraiment pas pratique... Dans mes expériences de Chine, j'avais déjà fait le piéton shooté sous mes fenêtres, le cycliste gisant dans son sang sous le camion, mais la quasi mort en direct face à moi, je ne l'avais jamais imaginé et je ne la souhaite à personne...
    Pour conclure, J. a passé une partie de la nuit à l'hopital et était présent au congrès le lendemain avec toute sa tête et une bien meilleure mine...

Publié dans Bilou en Chine

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Luffy 11/09/2007 16:42

Nan, je déconne, si il aime pas, faut pas le forcer...

Pas cool comme situation.
Rétablis toi bien J !
Bilou... à bientôt je l'espère...
Toujours pas de news sur ton avenir proche?

Luffy 11/09/2007 16:41

Il avait qu'à manger ses légumes !

daishali 11/09/2007 15:12

salut bilou.
j espere que tu t es remis de tes frayeurs. et que le monsieur a rien de grave. d un cote je comprends qu on puisse etre totalement panique dans ce genre de situation, incapable de bouger etc, mais de la a continuer a bouffer tranquillement! wahou, ils etaient zen les gens du resto!

Delphine 11/09/2007 09:35

Waouh. Pas facile de vivre ça... J'espère que tu fais face au contre-coup...
Euh Ben, je crois que même avec un AFPS à jour, ça doit pas etre facile de passer une bonne "alerte" en chinois !!
Et pour Heimlich... OK faut qu'il soit tout bleu mais généralement il s'énerve, panique se lève de sachaise et tend les bras vers tout le monde et implorant de l'aide... Là ça n'y ressemble pas trop...
Et puis, perso dans le feu de l'action ou plutot sous le choc... je suis pas sure de tout faire comme il faut et dans l'ordre...
Remets-toi bien Bilou.

Ben 10/09/2007 14:55

En rentrant je te file quelques cours de rattrapage de ton AFPS... Heimlinch et tout le tintouin...
Finalement... ça peut toujours servir...